Balzac et la petite tailleuse chinoise de Dai Sije

 

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Ma note : ♥♥♥♥/5

Balzac et la petite tailleuse chinoise, un titre qui fait s’interroger par l’association surprenante de deux figures a priori opposées. Et pourtant, il s’agit bien là d’un couple, du couple du livre, autour duquel gravitent sans le savoir Luo et le narrateur. Ces derniers subissent la dictature de Mao, et sont au cœur de la rééducation: envoyés dans des villages perdus dans la campagne chinoise, ils doivent apprendre le travail agricole et se voient privés d’une éducation scolaire habituelle. Luo est considéré comme un conteur, il adore raconter des histoires et adore aussi jouer de son rôle. Pour autant c’est le narrateur qui raconte le mieux les histoires, à en juger par le livre qu’il raconte seul, contrairement à Luo qui devient de plus en plus crâneur. Dès le début du livre, on sent que cela lui donne un plus fort impact sur l’histoire. Lorsque les deux amis rencontrent la petite tailleuse, forcément la plus belle fille que les garçons connaissent, tous deux en tombent amoureux ; mais c’est Luo qui se verra être l’heureux élu d’une idylle naissante, comme on pouvait s’en douter.

Luo et le narrateur rencontrent aussi un de leurs amis dans un village voisin. Ce dernier leur échange un livre (alors interdit à cette époque-là) contre un service rendu. Commence alors un enchaînement de négociations entre Luo, le narrateur et leur ami, détenteur de la valise pleine de livres interdits. Essuyant les refus, les amis décident de voler la valise, offrant au lecteur un moment assez drôle mais tout aussi prenant. C’est à partir de ce moment-là que Luo pense pouvoir changer la vie de la petite tailleuse chinoise. En effet, il croit que par les livres, il pourra faire d’elle une fille aussi belle qu’intellectuelle. Cette volonté va lui faire défaut, et c’est en lui lisant du Balzac amoureusement que le couple du titre du livre va naître.

Passant de l’amour adolescent à l’amour des livres, voué en secret pour ne pas éveiller les soupçons, ce trio devient très vite attachant. L’évocation timide et poétique de l’amour de jeunesse, ainsi que tous les autres sentiments existants dans un triangle amoureux (la jalousie, la frustration, l’envie…) rendent un peu plus touchante l’histoire. Ce sont tous ces éléments, mais surtout l’émancipation finale de la petite tailleuse (qui, à cause -ou grâce?- aux livres de Balzac, pense pouvoir devenir une femme de la ville) qui m’ont fait aimer ce livre et qui m’ont permis de me poser encore des questions une fois le roman fermé.

Que sont devenus Luo et le narrateur ?

Encore plus frustrant lorsqu’on se souvient que ces derniers ont dû quitter la ville de force, à cause de l’oppression, tandis que la petite tailleuse, elle, n’a jamais connu la vie en ville et part malgré tout…

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