Le Tour de la prison – Marguerite Yourcenar

Je valide le mois de février du #ReadingClassicsChallenge2018 avec cet ouvrage de Marguerite Yourcenar, dont je n’avais jamais entendu parler avant de le découvrir sur le catalogue de chez Folio.

Je n’avais pas particulièrement envie de découvrir cette femme à travers ces plus grands ouvrages. Ce challenge est aussi l’occasion de découvrir des livres qu’on n’aurait pas lu habituellement, alors je suis sortie de mes habitudes de lectures pour découvrir ce récit de voyage. Il s’agit d’un recueil de quatorze instants de voyage, publié à titre posthume et inachevé. Le lecteur voyage donc aux côté de Madame Yourcenar qui part vers le Japon depuis l’est des Etats-Unis.

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Le Tour de la prison de Marguerite Yourcenar, aux éditions Folio

Les premières descriptions des paysages se mêlent aux réflexions de l’auteure qui dessine son périple comme une sorte d’exil. Le titre même du recueil est une parole de Zénon dans L’Oeuvre au Noir : « Qui serait assez insensé pour mourir sans avoir fait au moins le tour de sa prison ? ». J’ai vraiment eu la sensation de partager le wagon de Marguerite Yourcenar, de découvrir à travers ses yeux les paysages de l’Amérique, de l’écouter me raconter ses pensées, avec une pointe de philosophie dans ses propos… Arrivés au Japon, nous, lecteurs, découvrons le pays du soleil levant à travers sa culture. Que ce soit autour du poète Bashô, de certaines anecdotes historiques, ou bien du théâtre (qui occupe une place assez importante dans le livre, et qui m’a moins plu, car un peu trop théorique par rapport au reste du récit), c’est à travers la culture que le Japon se révèle. Marguerite Yourcenar y oppose aussi notre rapport au monde, c’est-à-dire avec notre point de vue occidental, et j’ai trouvé cela assez intéressant.

Le recueil n’est pas terminé mais je trouve que cela contribue à la dimension philosophique qui domine l’écriture. En effet, cet effet de suspens, involontaire, fait résonner la voix de l’auteur, comme un écho. Après la lecture, on a l’impression de l’entendre encore, nous raconter, nous ouvrir les yeux sur ce qu’on ne voit plus et qui pourtant nous entoure au quotidien.

« On ne voit pas deux fois le même cerisier, ni la même lune découpant un pin. Tout moment est dernier, parce qu’il est unique. » page 21

Cette lecture ne m’a pas touchée, ou émue, ou fait ressentir des choses. Non. Elle m’a fait réfléchir. C’est ça que j’ai apprécié et qui, d’abord, m’a déstabilisée. C’est l’une des rares lectures qui ne m’a rien fait en tant que tel, mais qui va me rester en tête longtemps. Je ressors de cette lecture en ayant appris des choses, et en ayant changé mon regard sur le voyage. La conférence qui se trouve à la fin de l’ouvrage est extraordinaire. Le style est tout autre car il s’agit d’un oral retranscrit à l’écrit, et pourtant je l’ai trouvé percutant. Qui sommes-nous pour nous prétendre voyageur, alors que nous ne consommons que des monuments, des incontournables de chaque pays, plutôt que de s’accommoder pleinement à une culture, une civilisation qui nous est autre ? En s’appuyant sur des références passées et pourtant intemporelles (comme Baudelaire), ce discours est encore d’actualité, trente-six ans plus tard.

A lire si vous souhaitez partager un voyage avec Madame Yourcenar, si vous souhaitez découvrir le Japon de son point de vue, et réfléchir au voyage, de manière philosophique…

« Mais le bonheur, s’il survient, donne brièvement un sens aux choses : une parcelle au moins se sent libérée, sauvée. Dans le malheur, pour autant qu’on le peut, le courage tient lieu de soleil. » page 98

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