Les cosmonautes ne font que passer – Elitza Gueorguieva

Tu dois te préparer à cette narration particulière qui, dès les premières lignes, t’incite à ne plus être dans ton rôle de lecteur. Au début, je l’avoue, cela m’a bloquée. De quel droit m’oblige-t-on à vivre ce que le narrateur raconte? Le principe de la lecture est la liberté (de choisir son livre, de se laisser prendre au jeu, d’aimer ou de ne pas aimer), non ?

Alors quand un livre commence de cette façon, notre relation commence mal. Et puis j’ai baissé la garde. Je suis devenue une petite fille bulgare qui vit sous le communisme et qui voit Iouri Gargarine comme un héros. Nous avons tous eu, au cours de notre enfance, des images qui nous ont aidé à nous construire, à rêver, être ambitieux. Pour la petite fille, la conquête du ciel est devenu son ambition.

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Paru chez Folio en juin 2018, 6,60€, à retrouver ici

Sous une plume sarcastique et ironique, l’environnement de la fillette prend forme et les limites apparaissent : à tel point que le régime politique influence même la façon dont on doit considérer l’amitié, éternelle et loyale. La jalousie ne doit pas envenimer les relations, même quand on est à l’école primaire et que notre amie a des vraies Barbie et des vraies Nike. Même lorsqu’elle vous pique votre rêve ultime alors que vous lui faisiez confiance.

Les parents apparaissent peu, d’une part car le nuage de fumée de cigarettes créé par la mère brouille la vision de l’appartement. D’autre part, le père est effacé. Le grand-père en revanche est un repère important car il est un vrai communiste, et le cousin va ouvrir certaines voies à la petite fille. Jusqu’au jour où le mur tombe. Oui, le mur de Berlin. D’un seul coup, les parents prennent vie, mais tout le socle sur lequel l’éducation (scolaire et patriotique) s’effondre aussi.

Qui devient-on, et quels repères avons-nous quand du communisme on laisse la place au capitalisme et à l’occident ?

Ce roman est une véritable entrée dans les pensées de la jeune bulgare. Des formulations toutes faites, digne d’un monologue intérieur (le grand-père vrai communiste par exemple), ou des listes de causes et conséquences comme on peut parfois le faire intérieurement, construisent le cocon cérébral dans lequel le lecteur évolue au fil des pages. Au-delà des problèmes d’enfants, il y a toute une réflexion sur l’identité, et l’influence de la politique sur nos vies, même et peut-être surtout en tant qu’enfant. Conditionnement de l’amitié, des ambitions, des aspirations, de la culture et des relations familiales, tout cela est abordé avec une certaine naïveté d’abord, et avec rébellion ensuite lorsque vient l’adolescence. Mais le ciel, toujours, en ligne de mire.

Le titre, Les cosmonautes ne font que passer, est pour moi la métaphore parfaite symbolisant la naissance et l’évanouissement des rêves.

Un roman qui fait réfléchir et sourire en même temps, que j’ai eu du mal à apprécier au départ. Je suis tout de même contente d’avoir pu découvrir ce roman!

2 commentaires sur « Les cosmonautes ne font que passer – Elitza Gueorguieva »

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