Rencontre avec Catherine Poulain, ou la richesse d’une vie

Cela fait quelques temps qu’à la librairie, on préparait la venue de Catherine Poulain. Les affiches, la communication… Personnellement, je n’avais pas encore lu l’un de ses ouvrages. Mais je savais que son premier livre, Le grand marin, était un succès. Multiples prix littéraires pour une histoire à couper le souffle.

A la librairie,  trois jours avant la rencontre, le directeur passe sa tête par la porte pour m’annoncer que je viendrai avec lui chercher Madame Poulain et que l’on déjeunerait ensemble. Prise de court, je l’avoue, mais un bonheur immense que de partager un moment avec un auteur. Je me suis dit que ce serait bien de feuilleter un peu l’un de ses livres, pour comprendre, cerner le personnage. En faisant cela, j’ai un peu eu l’impression de « stalker » l’écrivaine, un peu comme on peut le faire parfois avant un rendez-vous avec quelqu’un qu’on ne connaît, et dont on consulte le profil Facebook ou instagram pour se renseigner, savoir à qui on a affaire. Comme si tout allait se révéler à nous, faciliter l construction d’une éventuelle relation, ou plutôt connexion. Vous voyez, ce sentiment d’avoir un train d’avance sur l’autre, parce qu’on a regardé. Mais là, avec un roman entre les mains, ce sentiment est bien plus flou. Il ressemble à celui qu’on peut éprouver avant un examen. Se dire qu’il faut que l’on sache pour avoir une bonne note, pour ne pas paraître à côté de la plaque. Alors j’ai lu. Le grand marin.

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La première phrase m’a tranché le cœur. « Il faudrait toujours être en route pour l’Alaska. » Tiens, c’est vrai ça, dans la vie, si quelqu’un nous arrête et nous demande : « Tu fais quoi ? », je devrais répondre « Je suis en route pour l’Alaska. » Et puis j’ai pensé au livre de Tiffany Tavernier : et si, dans Roissy, l’un des personnages ne cessait de s’inventer à travers sa route vers l’Alaska, une route imaginaire certes, mais pourquoi pas? Le pouvoir des livres a commencé ici, dans cette première phrase. Et tout alors est devenu possible. Cher à mon cœur, l’océan a pris vie et grandit au fil des pages. Catherine Poulain ne décrit pas, non, elle vous fait ressentir, elle fait parler la nature à travers tous les sens qui font notre richesse. De l’odeur du poisson, au rayonnement du soleil sur l’eau, de l’indescriptible amour pour cette liberté à la puissance de cet autre qui peut nous habiter lorsque l’on se transcende pour oublier que l’on peut mourir. Tout prend vie, tout s’articule, chaque détail constitue les dimensions de la scène décrite pour une immersion des plus sauvages mais parfaite au possible. Oui, à mes yeux, les descriptions sont parfaites. Avec un juste milieu, un équilibre des forces sensitives. Avec d’autres phrases tranchantes, glissées par-ci, par-là…

« Je suis invulnérable, je lui dis. Il hausse les épaules :

– Tu mourras comme tout le monde.

–  Oui. Jusqu’à ma mort je suis invulnérable. » page 33.

Alors quand Catherine Poulain est arrivée sur le quai de gare, je me suis sentie petite et faible. J’étais impressionnée par cette femme, comme encore hypnotisée par cette écriture. Sa voix est petite, toute petite, et ses yeux se perdent dans le vague lorsqu’elle raconte. Parfois un silence. Il fait partie de la conversation, donne un autre sens aux mots tout juste énoncés. Parfois une respiration qui concrétise ce qu’elle vient de décrire. Parfois un ouragan, de mots, d’images.

Nous nous sommes retrouvées seules un moment, et nous avons parlé de la mer. Pour la première fois j’ai eu l’impression qu’on comprenait cet étrange boule dans le ventre qui m’amine lorsque les vagues éclatent, tourbillonnent, se brisent et recommencent. Lorsqu’elle mettait des mots sur ce que je ne pensais pas pouvoir décrire. « Les vagues nous embrassent, nous entourent », et c’est vrai, Catherine, c’est pour cela que j’aime tant la mer, car elle nous aime même lorsqu’elle semble vouloir nous tuer, et cet amour je l’ai retrouvé auprès de tous ces pêcheurs de l’Alaska dont vous parlez dans Le grand marin. C’est un amour pour la vie, l’obsession d’une passion, une course folle pour oublier aussi, oublier l’avant pour vivre pleinement ces moments d’une puissance inouïe. Tout comme la lune influence les mers, je pense qu’il existe des moments qui font changer les courants de nos vies. J’ai demandé à l’écrivaine comment l’écriture est arrivée en elle. « J’ai toujours écrit, pour moi. Mais je n’écris pas les idées, j’écris ce qui a existé. Je me suis dit que j’écrirai des romans quand j’aurai suffisamment vécu pour raconter. Il faut croire que je suis assez vieille aujourd’hui… » Une vie de pêcheuse, une vie de bergère, une vie de saisonnière, de commis dans un restaurant, et bien d’autres encore que je dois oublier, mais une vie de femme avant tout, une femme qui a pleinement existé et qui existera toujours à travers vos livres.

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J’ai voyagé les yeux ouverts en Alaska, et je crois que ça y est, je suis en route, dans mes pensées j’imagine que moi aussi je partirai un jour pour une course folle dans un pays où tout sera alors possible.

(Mais j’ai trop peur des poissons pour devenir pêcheuse, ça c’est sûr.)

Je me réjouis donc de lire le second roman de Catherine Poulain, Le cœur blanc, aux éditions de l’Olivier!

Et vous, connaissez-vous Le grand marin?

PS: Catherine, si vous passez par ici, sachez que moi aussi je vous remercie pour ce beau jour d’automne.

2 commentaires sur « Rencontre avec Catherine Poulain, ou la richesse d’une vie »

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