Les fantômes du vieux pays – Nathan Hill (Attention chef d’œuvre)

Voici les Illusions Perdues Balzaciennes du XXIe siècle, la démonstration sans trop d’édulcorants de notre société et de ses travers. En somme, un futur classique, pas spécialement pour la prouesse de l’écriture en tant que telle, mais pour la manière dont elle transmet ce qui constitue notre environnement, notre quotidien, notre obsession pour la consommation et les faux besoins dont nous sommes victimes.

L’écriture est un vecteur, un instantané de notre époque, aussi terrifiant que réaliste. J’ai ressenti une exaltation assez inhabituelle pendant ma lecture, le roman a donné du sens à d’autres lectures, plus anciennes, à des classiques : ils sont classiques car ils sont également des instantanés d’une époque qui a existé. Souvenez-vous de Lucien de Rubempré, de Frédéric Moreau, de leurs espoirs et de leurs échecs, de leur société et de la corruption.

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Ici, c’est Samuel Andersen, abandonné par sa mère, professeur de littérature qui, après une nouvelle prometteuse, rêve de devenir écrivain, Guy Periwinkle, l’éditeur qui offre au jeune homme un avenant de plusieurs milliers de dollars pour un futur roman, du sénateur Parker qui est au cœur d’une « agression » à quelques semaines des élections présidentielles. Le fait est que l’agresseur est une femme, et que cette femme est la mère de Samuel. Pour sauver sa mère, l’avocat de Faye demande à Samuel de rédiger une lettre en sa faveur, pour atténuer ses peines. L’éditeur de Samuel, lui, voit une opportunité d’honorer son contrat et de laisser tomber les charges qui l’accablent, à défaut d’avoir rendu un manuscrit depuis 10 ans.

Il y a d’autres personnages, d’autres actants qui prennent place et s’effacent ensuite à l’image de ce qui nous entoure : le dernier clip d’une chanteuse commerciale devient entêtant même pour le lecteur et va disparaître d’un seul coup. Si cette anecdote paraît anodine, elle vient ponctuer des moments importants du roman, et ce mécanisme intervient à chaque tournant. Si ce n’est pas une chanson, c’est une bouteille de Coca, une application qui ne cesse d’envoyer des notifications (et qui nous montre combien une chose qui pourrait être accomplie rapidement s’étale dans le temps à cause du manque de concentration que nous subissons avec les nouvelles technologies…).

C’est criant de vérité, ça peut effrayer mais c’est délicieusement envoutant. Car le roman ne fait pas que pointer du doigt nos travers, non, il raconte une vie, avec ses secrets et ses évidences, et c’est là toute la beauté de l’écriture. J’ai lu que l’écrivain avait mis douze ans à écrire ce roman. Cela se sent : c’est un roman accomplit, total, avec un travail de construction impressionnant.

Je reste subjuguée par la maîtrise littéraire de l’auteur, qui a su relier tous les éléments de son histoire et les faire concorder, à tel point qu’à la fin, c’est l’image d’une pelote de laine démêlée qui me vient en tête.

Vous l’aurez compris, ce roman est coup de cœur immense !

Le connaissez-vous ?

4 commentaires sur « Les fantômes du vieux pays – Nathan Hill (Attention chef d’œuvre) »

  1. J’ai beaucoup aimé l’histoire, foisonnante et passionnante. Le style m’a moins plu. Je l’ai trouvé parfois maladroit, avec des erreurs de syntaxe qui m’ont beaucoup dérangée à certains moments. Mais j’en garde quand même un bon souvenir !

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