L’Enfant-mouche de Philippe Pollet-Villard

Quelle chance j’ai eu de pouvoir me plonger dans ce roman fabuleux, aussi bien du point de vue du fond que de la forme…

Tout se passe sur fond de Seconde Guerre mondiale. Anne-Angèle est infirmière au Maroc, et doit rentrer en France suite à la mort de sa sœur qu’elle apprend grâce au courrier de celui qui l’employait. Mais voilà qu’un patient la mord, un patient atteint de la syphilis, qu’elle soignait sans être vraiment concentrée, pensant plutôt à sa sœur défunte. Elle décide d’ignorer cette morsure, se disant que tout ira bien. D’autre part, son arrivée à Paris va lui réserver d’autres surprises. Sa sœur devait accueillir Marie, une enfant placée dans un foyer, qu’elle disait être une cousine.

DSC06975-01.jpeg
L’enfant-Mouche, aux éditions J’ai Lu.

C’est cette enfant qui va être au cœur du roman. Une enfant qui va subir les secrets, les mensonges des adultes, et va devoir suivre cette fausse tante en zone occupée par les Allemands. Elle va aussi devoir aider Anne-Angèle à survivre à la syphilis qui ne cesse de prendre place et la tue petit à petit, tout en oubliant combien elle a faim. Une enfance pas comme les autres, loin de là.

La narration est au service de cette complexité, donnant presque à voir l’histoire, plus qu’à la lire. On perçoit nettement l’influence cinématographique sur le texte (Philippe Pollet-Villard est réalisateur) et c’est une des forces du roman. Une pointe d’humour parfois rappelle combien la vie peut être cynique et injuste, mais qu’il en est ainsi, qu’il faut vivre avec. Des passages plus durs également, qui m’ont personnellement brisé le cœur mais qui, comme pour l’emploi de l’humour, représente la vie dans son ensemble. C’est ce tout que j’ai apprécié, l’impression de suivre une vie avec ses hauts et ses bas, ses moments de violence et ses petits bonheurs malgré tout.

Un livre que j’ai adoré et que j’ai immédiatement prêté à ma mère, qui l’a bientôt terminé je crois (et qui m’a dit être « à fond dedans »!)

Après cette lecture, je pense que je vais me pencher sur les autres romans de Phillipe Pollet-Villard, que je remercie encore beaucoup pour ce livre!

Et vous, connaissez-vous les romans ou les films de Philippe Pollet-Villard ?

A bientôt !

Lilly

Le #ReadingClassicsChallenge2019 est là !

Certes, nous sommes encore en novembre.

2019, c’est dans quelques temps.

Mais je suis trop impatiente pour garder cela pour moi… Alors je partage aujourd’hui avec vous la liste des auteurs du Reading Classics Challenge 2019 !

couverture challenge

Toujours sur le même principe que l’an dernier, j’ai récolté (certains le savent) le nom des auteurs que vous aimeriez découvrir pour cette nouvelle année via un sondage qui se trouve ici. D’ailleurs, vous pouvez continuer d’y répondre, ne serait-ce que pour connaître vos retours sur ce premier challenge.

J’ai ensuite tiré au sort des couples grâce à tous les noms que j’ai pu récupérer : cette liste est donc la vôtre ! Je me suis permise de rajouter quelques noms à cette liste, pour prendre en compte les remarques que j’ai pu avoir :

  • Ouvrir à de nouveaux horizons : il y a donc de l’Europe de l’Est, de l’Asie, de l’Amérique…
  • Ouvrir à d’autres époques : vous aurez toujours du XIXe siècle, mais aussi des auteurs qui sont toujours d’actualité.

Et c’est là que la définition d’un « classique » est remise en question ! Qu’est-ce donc un classique ? Je vous laisse me donner la réponse…

J’ai aussi pris en compte les remarques concernant l’activité du groupe Facebook : pour cela, je réfléchis encore à quelques petites nouveautés, et je vous en reparlerai très vite !

J’ai voulu vous impliquer un peu plus encore dans la découverte de classiques, et c’est pour cela que deux mois dans l’année seront consacrés à des match: deux auteurs vous seront proposés et vous pourrez voter pour celui que vous avez le plus envie de lire. Il y aura donc un match masculin et un match féminin pour chacun des deux mois concernés.

Pour ce qui concerne les thèmes dont il était question dans le sondage, je réfléchis encore à la manière dont cela peut être raccroché ou intégré à la liste ci-dessous.

Assez parlé, il est temps de vous dévoiler les auteurs qui seront au cœur de ce challenge !

1542366629337_Reading Classics Challenge 2019.jpg

J’espère que cela vous donnera envie de partager ce challenge avec moi cette année encore, et que vous ferez de belles découvertes !

N’hésitez pas à réagir, à me donner vos définitions d’un « classique », à me dire si vous êtes partants…

A très bientôt !

Lilly

Les fantômes du vieux pays – Nathan Hill (Attention chef d’œuvre)

Voici les Illusions Perdues Balzaciennes du XXIe siècle, la démonstration sans trop d’édulcorants de notre société et de ses travers. En somme, un futur classique, pas spécialement pour la prouesse de l’écriture en tant que telle, mais pour la manière dont elle transmet ce qui constitue notre environnement, notre quotidien, notre obsession pour la consommation et les faux besoins dont nous sommes victimes.

L’écriture est un vecteur, un instantané de notre époque, aussi terrifiant que réaliste. J’ai ressenti une exaltation assez inhabituelle pendant ma lecture, le roman a donné du sens à d’autres lectures, plus anciennes, à des classiques : ils sont classiques car ils sont également des instantanés d’une époque qui a existé. Souvenez-vous de Lucien de Rubempré, de Frédéric Moreau, de leurs espoirs et de leurs échecs, de leur société et de la corruption.

dsc07033-01

Ici, c’est Samuel Andersen, abandonné par sa mère, professeur de littérature qui, après une nouvelle prometteuse, rêve de devenir écrivain, Guy Periwinkle, l’éditeur qui offre au jeune homme un avenant de plusieurs milliers de dollars pour un futur roman, du sénateur Parker qui est au cœur d’une « agression » à quelques semaines des élections présidentielles. Le fait est que l’agresseur est une femme, et que cette femme est la mère de Samuel. Pour sauver sa mère, l’avocat de Faye demande à Samuel de rédiger une lettre en sa faveur, pour atténuer ses peines. L’éditeur de Samuel, lui, voit une opportunité d’honorer son contrat et de laisser tomber les charges qui l’accablent, à défaut d’avoir rendu un manuscrit depuis 10 ans.

Il y a d’autres personnages, d’autres actants qui prennent place et s’effacent ensuite à l’image de ce qui nous entoure : le dernier clip d’une chanteuse commerciale devient entêtant même pour le lecteur et va disparaître d’un seul coup. Si cette anecdote paraît anodine, elle vient ponctuer des moments importants du roman, et ce mécanisme intervient à chaque tournant. Si ce n’est pas une chanson, c’est une bouteille de Coca, une application qui ne cesse d’envoyer des notifications (et qui nous montre combien une chose qui pourrait être accomplie rapidement s’étale dans le temps à cause du manque de concentration que nous subissons avec les nouvelles technologies…).

C’est criant de vérité, ça peut effrayer mais c’est délicieusement envoutant. Car le roman ne fait pas que pointer du doigt nos travers, non, il raconte une vie, avec ses secrets et ses évidences, et c’est là toute la beauté de l’écriture. J’ai lu que l’écrivain avait mis douze ans à écrire ce roman. Cela se sent : c’est un roman accomplit, total, avec un travail de construction impressionnant.

Je reste subjuguée par la maîtrise littéraire de l’auteur, qui a su relier tous les éléments de son histoire et les faire concorder, à tel point qu’à la fin, c’est l’image d’une pelote de laine démêlée qui me vient en tête.

Vous l’aurez compris, ce roman est coup de cœur immense !

Le connaissez-vous ?

10 livres pour ceux qui veulent renouer avec la lecture (liste subjective faite avec amour)

On me demande souvent des conseils sur des livres. Mais les profils sont bien différents : certains aiment plus les thrillers que d’autres, qui aimeraient renouer avec la lecture, tandis que d’autres aimeraient découvrir un genre qu’ils ne connaissent pas…

Alors je vous propose une petit liste, dans laquelle, j’espère, vous pourrez vous retrouver. J’ai lu tous les livres de cette liste, ils font (presque) tous l’objet d’une chronique sur le blog. N’hésitez pas à me dire si cela vous plait, si vous en avez lu certains ou si vous avez envie d’en découvrir ! N’hésitez pas non plus à conseiller d’autres ouvrages, à les laisser dans les commentaires. On pourrait faire cette liste ensemble, non ? 😉

10 livres pour ceux qui veulent renouer avec la lecture

Pour ceux qui veulent se plonger dans un gros pavé :

Les fantômes du vieux pays – Nathan Hill, un futur classique, et la chronique très bientôt sur le blog…

Pour renouer avec les classiques:

La ferme des animaux – George Orwell, beaucoup lu avec l’école, mais le relire avec un œil plus mature permet de prendre conscience de bien plus de choses…

Pour un shooter littéraire:

Est-ce ainsi que les hommes jugent ?- Mathieu Ménégaux, pour réfléchir à la justice de nos jours et l’impact des réseaux sociaux sur nos vies, se lit d’une traite (un dimanche pluvieux)

Pour les sportifs :

Ta vie ou la mienne – Guillaume Para, ça parle de foot, de classes sociales avec une petite histoire d’amour mais aussi du poids de la violence en milieu carcéral.

Pour ceux qui se battent pour les libertés:

Mohammad, ma mère et moi – Benoît Cohen, récit très intéressant sur les migrants et ce qu’il est possible de faire pour les aider

Pour ceux qui aiment quand ça tourne mal :

Les garçons de l’été – Rebecca Lighieri, c’est glauque, ça contraste avec le décor paradisiaque de La Réunion, ça dévoile la vraie nature d’une famille dont les apparences sont loin d’être aussi parfaites…

Pour un bon thriller :

L’œil de Caine – Patrick Bauwen, certains apprécieront le côté dystopique de la téléréalité et retrouveront la démesure de notre société.

Pour les féministes, homme ou femme :

Ne tournez pas la page ! – Seray Sahiner, une réflexion sur la violence subies par les femmes et du pouvoir de dire non.

Pour ceux qui aiment les nouvelles :

Le cœur seul demeure – Jean-Pierre Milovanoff, de jolies nouvelles qui prennent parfois l’apparence de contes. On se laisse bercer avec plaisir dans ces histoires.

Pour ceux qui aiment lorsque la littérature investit le réel :

Un certain M. Piekelny – François-Henri Désérable, ou l’enquête de ce dernier sur l’existence de M. Piekelny, personnage important dans l’œuvre de Romain Gary, jusqu’à Vilnius. C’est drôle, c’est beau, c’est un coup de cœur.

 

Voilà ! J’espère que cette liste vous inspirera 🙂

A très vite,

Lilly

Rencontre avec Catherine Poulain, ou la richesse d’une vie

Cela fait quelques temps qu’à la librairie, on préparait la venue de Catherine Poulain. Les affiches, la communication… Personnellement, je n’avais pas encore lu l’un de ses ouvrages. Mais je savais que son premier livre, Le grand marin, était un succès. Multiples prix littéraires pour une histoire à couper le souffle.

A la librairie,  trois jours avant la rencontre, le directeur passe sa tête par la porte pour m’annoncer que je viendrai avec lui chercher Madame Poulain et que l’on déjeunerait ensemble. Prise de court, je l’avoue, mais un bonheur immense que de partager un moment avec un auteur. Je me suis dit que ce serait bien de feuilleter un peu l’un de ses livres, pour comprendre, cerner le personnage. En faisant cela, j’ai un peu eu l’impression de « stalker » l’écrivaine, un peu comme on peut le faire parfois avant un rendez-vous avec quelqu’un qu’on ne connaît, et dont on consulte le profil Facebook ou instagram pour se renseigner, savoir à qui on a affaire. Comme si tout allait se révéler à nous, faciliter l construction d’une éventuelle relation, ou plutôt connexion. Vous voyez, ce sentiment d’avoir un train d’avance sur l’autre, parce qu’on a regardé. Mais là, avec un roman entre les mains, ce sentiment est bien plus flou. Il ressemble à celui qu’on peut éprouver avant un examen. Se dire qu’il faut que l’on sache pour avoir une bonne note, pour ne pas paraître à côté de la plaque. Alors j’ai lu. Le grand marin.

dsc07015-011

La première phrase m’a tranché le cœur. « Il faudrait toujours être en route pour l’Alaska. » Tiens, c’est vrai ça, dans la vie, si quelqu’un nous arrête et nous demande : « Tu fais quoi ? », je devrais répondre « Je suis en route pour l’Alaska. » Et puis j’ai pensé au livre de Tiffany Tavernier : et si, dans Roissy, l’un des personnages ne cessait de s’inventer à travers sa route vers l’Alaska, une route imaginaire certes, mais pourquoi pas? Le pouvoir des livres a commencé ici, dans cette première phrase. Et tout alors est devenu possible. Cher à mon cœur, l’océan a pris vie et grandit au fil des pages. Catherine Poulain ne décrit pas, non, elle vous fait ressentir, elle fait parler la nature à travers tous les sens qui font notre richesse. De l’odeur du poisson, au rayonnement du soleil sur l’eau, de l’indescriptible amour pour cette liberté à la puissance de cet autre qui peut nous habiter lorsque l’on se transcende pour oublier que l’on peut mourir. Tout prend vie, tout s’articule, chaque détail constitue les dimensions de la scène décrite pour une immersion des plus sauvages mais parfaite au possible. Oui, à mes yeux, les descriptions sont parfaites. Avec un juste milieu, un équilibre des forces sensitives. Avec d’autres phrases tranchantes, glissées par-ci, par-là…

« Je suis invulnérable, je lui dis. Il hausse les épaules :

– Tu mourras comme tout le monde.

–  Oui. Jusqu’à ma mort je suis invulnérable. » page 33.

Alors quand Catherine Poulain est arrivée sur le quai de gare, je me suis sentie petite et faible. J’étais impressionnée par cette femme, comme encore hypnotisée par cette écriture. Sa voix est petite, toute petite, et ses yeux se perdent dans le vague lorsqu’elle raconte. Parfois un silence. Il fait partie de la conversation, donne un autre sens aux mots tout juste énoncés. Parfois une respiration qui concrétise ce qu’elle vient de décrire. Parfois un ouragan, de mots, d’images.

Nous nous sommes retrouvées seules un moment, et nous avons parlé de la mer. Pour la première fois j’ai eu l’impression qu’on comprenait cet étrange boule dans le ventre qui m’amine lorsque les vagues éclatent, tourbillonnent, se brisent et recommencent. Lorsqu’elle mettait des mots sur ce que je ne pensais pas pouvoir décrire. « Les vagues nous embrassent, nous entourent », et c’est vrai, Catherine, c’est pour cela que j’aime tant la mer, car elle nous aime même lorsqu’elle semble vouloir nous tuer, et cet amour je l’ai retrouvé auprès de tous ces pêcheurs de l’Alaska dont vous parlez dans Le grand marin. C’est un amour pour la vie, l’obsession d’une passion, une course folle pour oublier aussi, oublier l’avant pour vivre pleinement ces moments d’une puissance inouïe. Tout comme la lune influence les mers, je pense qu’il existe des moments qui font changer les courants de nos vies. J’ai demandé à l’écrivaine comment l’écriture est arrivée en elle. « J’ai toujours écrit, pour moi. Mais je n’écris pas les idées, j’écris ce qui a existé. Je me suis dit que j’écrirai des romans quand j’aurai suffisamment vécu pour raconter. Il faut croire que je suis assez vieille aujourd’hui… » Une vie de pêcheuse, une vie de bergère, une vie de saisonnière, de commis dans un restaurant, et bien d’autres encore que je dois oublier, mais une vie de femme avant tout, une femme qui a pleinement existé et qui existera toujours à travers vos livres.

20181021_161633

J’ai voyagé les yeux ouverts en Alaska, et je crois que ça y est, je suis en route, dans mes pensées j’imagine que moi aussi je partirai un jour pour une course folle dans un pays où tout sera alors possible.

(Mais j’ai trop peur des poissons pour devenir pêcheuse, ça c’est sûr.)

Je me réjouis donc de lire le second roman de Catherine Poulain, Le cœur blanc, aux éditions de l’Olivier!

Et vous, connaissez-vous Le grand marin?

PS: Catherine, si vous passez par ici, sachez que moi aussi je vous remercie pour ce beau jour d’automne.

Dans la vallée – Hanna Kent

Direction l’Irlande du XIXe siècle pour plonger dans ce roman parfait pour cet automne !

Vous l’avez vu, l’automne a du mal à arriver par chez nous. Les températures sont encore trop chaudes pour rester sous un plaid à regarder les feuilles tomber. Pour une immersion plus rapide, je vous propose de vous plonger dans le roman d’Hanna Kent, Dans la vallée, aux éditions Presses de la Cité.

dsc06998-01

Normalement, vous devriez avoir une célèbre chanson entêtante qui vous pollue l’esprit. Essayez de la mettre de côté, car je vous assure, il n’y a pas de Dana dans les personnages, surtout en Irlande au XIXe siècle.. En revanche, il y a Nora, une vieille dame qui perd son mari du jour au lendemain et de manière étrange. Elle se retrouve seule avec Micheal, son petit-fils, dont elle doit s’occuper depuis la disparition de sa fille Joanna. A l’égard des superstitions qui nourrissent les habitants de la vallée, cette famille semble maudite. Du moins, de mauvaises ondes semblent graviter autour d’eux. Micheal n’est pas un petit-garçon comme les autres. Il présente des troubles physiques et psychologiques survenus – eux aussi – du jour au lendemain. Il ne parle plus, ne marche plus, passe son temps à pleurer ou à crier, alors qu’il a quatre ans. L’accumulation de ces sombres événements poussent Nora à agir : sous les conseils de Peg, une de ses amies, elle va embaucher une fille de ferme. Et elle ira voir Nance.

Nance, c’est ce qu’on peut appeler la sorcière du village, mais sous la connotation positive du terme sorcière. Saviez-vous qu’elles sont censées porter chance à votre foyer? Très humaine, Nance fait tout pour aider les autres habitants du village sans rien demander en retour, même si elle est exclue, marginalisée à cause des propos du nouveau prêtre arrivé au village depuis la mort du précédent. Selon ses dires, elle aurait le don, celui des Bonnes Gens (ou des Fairies, autre nom qu’on leur donne). Celui qui lui permet de faire fuir les créatures, le mauvais œil, celui qui peut vous guérir de tout, même de ce que le médecin ne peut pas identifier.

Au-delà d’une promenade dans la lande irlandaise qui m’a beaucoup fait penser au récit de Barbey d’Aurévilly pour l’ambiance très sombre et suspicieuse qu’on retrouve dans L’Ensorcelée, l’intrigue converge vers le petit Micheal : quel mal l’habite ?  C’est ainsi que vont renaître chacune leur tour les croyances, nourries par les commérages (autres aspects qui me rappellent Barbey d’Aurévilly), de sorte que la simple existence devienne un véritable combat au quotidien pour retrouver une forme d’apaisement.

Ce livre est devenu pour moi un incontournable de la saison. J’ai pris du temps pour le lire car j’étais littéralement plongée dans les pages, dans les histoires qui se croisaient, pour essayer de comprendre à mon tour la vallée. J’ai eu envie de prendre mon temps pour sentir l’obscurité du récit prendre place petit à petit, et cela a fonctionné. Je sais déjà que je le relirai à l’automne prochain !

Et vous, y a-t-il des histoires que vous adorez lire à l’automne ?

 

Je voudrais que la nuit me prenne – Isabelle Desesquelles

Il m’a fallu quelques secondes pour sortir de ce tourbillon de poésie douce-amer sur la vie et la mort, la famille, l’amour.

20180914_073902-01

Et puis j’ai repensé au titre. Je voudrais que la nuit me prenne. Tellement d’interprétations possibles, dont on prend conscience page après page… Rosalie et Alexandre Sauvage sont un couple amoureux et hors norme. L’amour, ils en débordent. A tel point qu’ils ont besoin de se multiplier et de donner à leur enfant tout cet amour qu’ils ne peuvent plus contenir en eux. Ils deviennent alors Maman toute folle et papa. A ces êtres vivants s’ajoutent Mamoune, Just et Lise, sans oublier Trottinette. Clémence, elle, la narratrice, n’a jamais été aussi vivante que dans son absence. 

Elle nous raconte tout. Son enfance. Et ce qu’elle voit maintenant. Jusqu’à la fin. Mais pas n’importe quelle fin.

L’écriture réunit tout du merveilleux de l’enfance, la naïveté, la découverte du monde, les premières joies. Mais ce cadre tout doré possède une part d’ombre. Avec des passages à couper le souffle, Isabelle Desesquelles réussit magistralement à nous toucher en plein dans les tripes.

 

 

Roissy – Tiffany Tavernier

C’est l’histoire d’une femme qui vit dans l’aéroport. On ne sait pas grand chose de plus d’elle, si ce n’est qu’elle a perdu la mémoire. Elle s’est réveillée comme ça, sans savoir son nom, sa provenance ou sa destination, si elle a une famille…
20180903_094143-01
Le roman ne se préoccupe pas en premier plan de retrouver ces souvenirs perdus. C’est une poétique dédiée au monde à part qu’est un aéroport. Lieu de séparation, de retrouvailles, esquisse d’un futur ou fin d’une idylle, il existe autant d’identités que de voyageurs et de destinations. C’est grâce à ce vide en elle qu’Anna (l’un des prénoms de cette femme mystérieuse) se réinvente à chaque nouvelle interaction.
Au-delà de cette magie de la résurrection, il y a aussi l’obscurité de la nuit dans un aéroport. Il faut toujours renouveler l’ingéniosité pour ne jamais se faire prendre. Et il y a les autres, les SDF, mais aussi ceux qui travaillent, qui participent à la vie de cette fourmilière qui ne semble jamais s’essouffler.

Un jour, les souvenirs reviennent. Un autre, il y a cet homme au foulard autour du cou qui la regarde. Qui brise la bulle qu’elle s’est construite ici. Et qui apporte au roman la dynamique adéquate pour garder la puissance du texte.

Bref, une très belle découverte, qui m’a troublée à travers la force du récit et la poésie qui s’en dégage

Mohammad, ma mère et moi – Benoît Cohen

Quand un récit remet beaucoup de choses en questions… Attention amis lecteurs, ce livre va vous faire réfléchir.
Dans quelle société vit-on ?

Mohammad arrive en France lorsque l’auteur assiste aux résultats des dernières élections américaines. Histoires différentes, conséquences différentes mais deux hommes sous un même terme : migrant. Mohammad fuit son pays, c’est un asile politique. Benoit Cohen veut une nouvelle vie, c’est un choix.

Le récit rapporte la rencontre entre Mohammad et Marie-France, la mère de l’auteur, puis entre les deux hommes. Témoignage d’un périple dangereux, d’un espoir qui s’évanouit une fois en France, de la réelle face de notre société, ce livre est percutant. Beaucoup de pudeur, de sensibilité, dans ce rapport à l’autre assez inédit, qui est très bien transcrit dans le récit et qui permet de se poser la question : et si c’était moi, est-ce que je le ferai ? Viendrai-je en aide à mon prochain de cette manière ? En suis-je capable ?

Toutes ces interrogations se retrouvent dans les pensées de Marie-France, puis de l’auteur et de ses frères. C’est rassurant, un peu, car finalement, on n’est pas seul à douter.

A lire et à faire passer autour de soi!

Un hiver à Sokcho ou le rafraîchissement de l’été!

Préparez vos doudounes et vos gants, direction la Corée et plus précisément Sokcho. Dans une petite pension de cette station balnéaire travaille une jeune femme. La pension accueille plusieurs personnes. Pourtant l’hiver, il n’y a pas grand chose à faire ici. Un français débarque, sans raison apparente, et sera logé dans l’annexe.

20180908_082834-01

Une douce poésie prend forme : celle de la vie, là-bas, alors que la saison ralentit tout et que la quiétude envahit les rues et les corps. Même ce français, qui semble pourtant torturé au fond de lui. Même la jeune femme, qui apprend à vivre avec elle-même, pour elle-même. L’écriture peut sembler froide, pour ma part elle m’a envoutée. Bercée aussi, à certaines pages, lorsque par exemple les odeurs de cuisine et de nourriture emplissaient les pièces.

Il y a aussi la sensualité du silence, qui nourrit cette relation si étrange entre les deux personnages. Cette jalousie du dessin, que l’on retrouve dans des passages d’obsession absolument magnifiques:

« La femme devait se lover au creux de sa paume, s’enrouler autour de ses doigts, lécher le papier. Toute la nuit je l’ai entendue. Toute la nuit j’aurai voulu tirer sur mes joues pour couvrir mes oreilles. Le supplice n’a cessé qu’au petit matin, lorsqu’enfin la plume s’est tue, épuisée je me suis endormie. »

Un joli coup de cœur pour ce roman, et pour cette auteure qui a réussi à me faire voyager en Asie en plein hiver alors qu’à Nantes, c’était la canicule. Chapeau bas !

Je sais, cette chronique n’est pas très longue, mais le roman non plus n’est pas épais, alors si vous voulez en savoir plus, vous n’avez qu’une seule chose à faire… Lisez-le !