Sang Famille – Michel Bussi

Chronique familiale aujourd’hui ! Eh oui, grâce à ma mère j’ai découvert Michel Bussi, il me semblait donc naturel de partager cette lecture ensemble. Rappelez-vous, l’une des toutes premières chroniques sur le blog, c’est celle de Mourir sur Seine !

J’aimerai donc vous parler de Sang Famille, le dernier roman de l’auteur. Sur l’île de Mornesey, une drôle d’ambiance règne : une histoire riche en secrets teinte le présent d’une tension palpable. La prison qui trône en plein centre participe à ce sentiment et l’évasion qui survient dès le début du roman est loin d’être anodine… Elle va révéler un enchevêtrement d’histoires qui sont toutes reliées à un seul et unique mystère.

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Sang Famille, publié chez Presses de la Cité

La chronique de maman:

« Le cadre est bien posé, on s’imagine très bien sur cette petite île de Mornesey pleine de secret.
Le jeune personnage Colin est attachant, on aimerait le prendre par la main pour le guider, lui apporter de l’affection tellement les secrets de famille autour de lui sont lourds… Ses 2 amis sont aux antipodes de lui et apportent une petite note de fraîcheur.
Parallèlement, l’enquête menée par Casanova et la secrétaire de mairie est prenante, il nous tarde que les 2 histoires se rejoignent et que « Casa » aide Colin à lever le voile sur son passé et son futur …
Le déroulement de l’histoire est prenant, j’ai beaucoup aimé l’intrigue, le doute qui passe d’un personnage à l’autre, mais déçue du « pourquoi tant de mystère » !
enfin ce n’est que mon avis … »

Pour ceux qui aimeraient découvrir d’autres roman de Michel Bussi, ma jolie maman vous conseille ces trois ouvrages :

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Pour ma part, c’est une lecture que j’ai beaucoup appréciée. J’y ai retrouvé les éléments qui m’avait fait aimer Mourir sur Seine, à savoir l’humour, les personnages avec des caractères bien travaillés et accessibles (quand je dis accessible, c’est l’idée qu’ils soient facilement imaginables, et donc « vivants » à mes yeux), le suspens bien maîtrisé. Moins de longueur que lors de ma première lecture, j’ai su me prendre au jeu de l’enquête bien plus tôt! Sûrement car j’étais moins méfiante vis-à-vis de l’histoire. D’autre part, l’alternance des points de vue et de la focalisation est un véritable atout du récit, qui dynamise et constitue, même, tout le travail de suspens.

Contrairement à ma jolie maman, la fin ne m’a pas déçue. J’avais même trouvé une piste qui s’apparentait, sur l’idée au véritable dénouement. Ma seule frustration est la fin du roman : il n’y a pas d’épilogue, et la chute fait office de clôture. Pour moi, c’est un peu trop abrupte, surtout lorsque la tension vous a joué des tours pendant plusieurs centaines de pages!

En somme, c’est un livre que je conseille à ceux qui débutent avec les thrillers, ceux qui n’ont pas facilement les chocottes mais qui veulent découvrir l’univers du thriller auprès d’une auteur français qui maîtrise absolument son domaine.

Et vous, quel est votre roman préféré de Michel Bussi ?

D’autres vies que la mienne – Emmanuel Carrère

Nouvelle chronique aujourd’hui avec ce roman publié chez Folio. L’histoire est une commande à l’auteur. Emmanuel Carrère endosse parfaitement son rôle du début à la fin de son histoire, dans laquelle il nous livre son témoignage personnel et partagé sur la mort.

D’abord la mort de Juliette, quatre ans. Une mort soudaine et complètement inattendue, celle qui ne vous laisse pas vraiment le temps d’y réfléchir, qui vous tombe dessus. Un tsunami ravage une partie du Sri Lanka et emporte dans son sillage de nombreuses personnes. Habitants ou vacanciers, leur identité s’étend bien plus largement que ces deux termes. Juliette, par exemple, est une petite fille. Avec elle sont emportés des amis, des pères, des sœurs, des époux. De cela il ne reste que les corps entassés dans les hôpitaux les plus proches, qui attendent qu’on les reconnaissent, qu’on leur attribue cette identité, pour enfin partir vraiment.

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L’auteur vit ce moment avec sa famille: Hélène sa compagne et leur fils respectifs. Forcément il se dit que ça aurait pu être lui. Forcément il y pense. Mais dans l’urgence, il voit sa femme se dévouer et aider généreusement ceux qui sont dans le besoin. La période de flottement que leur couple traversait s’efface, et plus tard ils diront qu’ils n’ont jamais été aussi proche que dans ce moment-là.

Les vacances se terminent et la vie retrouve son cours. Pourtant, une autre Juliette va connaître la mort. La sœur d’Hélène est atteinte pour la seconde fois d’un cancer. Ce n’est donc pas une mort soudaine et imprévue, comme pour la petite Juliette, mais une longue attente, un chemin partagé vers cette fin.
L’auteur raconte tout cela tout simplement car on lui demande. Lui, l’écrivain, celui qui est en posture de raconter ce qui se passe sous ses yeux, pourquoi ne le raconte-t-il pas ?

Il écrit sur Juliette à travers le regard de ses proches, toute entière dans ses postures de femme, de mère, de sœur, de juge et de malade, et sans aucun effet larmoyant.

« Alors, bien sûr, je ne crois pas que tous les cancers s’expliquent ainsi, mais je crois qu’il y a des gens dont le noyau est fissuré pratiquement depuis l’origine, qui malgré tous leurs efforts, leur courage, leur bonne volonté, ne peuvent pas vivre vraiment, et qu’une des façons dont la vie, qui veut vivre, se fraie un chemin en eux, cela peut être la maladie, et pas n’importe quelle maladie : le cancer. » p. 156

Pour ceux qui auraient lu Les derniers jours de Rabbit Hayes, l’idée est la même mais la forme est totalement différente. Il y a un véritable détachement de la part d’Emmanuel Carrère, qui entraîne le récit dans une véritable réflexion sur les différents sujets qu’il aborde. Forcément, il y a la maladie. C’est un sujet qui est particulièrement bien abordé car il n’hésite pas en parler du point de vue personnel, non médical ou théorique. Les références sur lesquelles il s’appuie m’ont donné envie de lire ces ouvrages.
Le thème de la justice est une part importante du roman étant donné que Juliette travaille comme juge, et que l’un de ses collègues et ami de « souffrance » la raconte à travers son engagement dans son travail et ses moments de panique qu’elle partageait avec lui uniquement pour ne pas effrayer sa famille.
L’amour enfin n’est jamais véritablement nommé ou pointé du doigt. Il est là, bien présent, il se ressent, il se suffit à lui-même.

Et le savant mélange de tout cela fait du roman d’Emmanuel Carrère une véritable merveille qui, par sa sincérité et sa profondeur, m’a faite pleurer de longues minutes !

La box littéraire enfant de Kube : l’avis de Mattéo !

Pas de chronique aujourd’hui mais une revue sur la box littéraire 7-11 proposée par Kube. Grâce à eux, mon petit frère Mattéo a pu tester cette box. Je vous présente donc un avis croisé : celui de la grande sœur, et celui de Mattéo!

Mon petit frère à 11 ans et était en CM2 cette année. Il fait donc partie de la limite de la tranche d’âge mentionné par la box. C’est un lecteur qui se cherche constamment. Il dévore des mangas autant que des histoires d’aventures, avoue ne pas avoir envie de lire Harry Potter, et adore l’humour de la saga Le Journal d’un dégonflé.

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J’ai réceptionné le colis avant Mattéo, et je dois dire que la livraison a été plutôt rapide une fois le mail de confirmation envoyé. Le format de la box est original, je m’attendais à une boîte profonde et non en longueur. Une couleur flashy et un tigre posé sur le logo attirent l’œil tout de suite. Simple mais efficace. A l’intérieur, un roman choisi selon les envies de mon frère, un livre surprise, un magazine, des cartes à collectionner, un marque-page et une carte postale à envoyer à la libraire. Pour 16€, je trouve que cela vaut vraiment le coup !

Le roman respectait les envies de mon frère, la libraire a vraiment bien cerné ses goûts (et franchement, ce n’était pas facile, bravo Morgane!). Et oui, quand on a 11 ans et qu’on aime tout autant Dragon Ball que Star Wars ou L’île au Trésor, difficile de trouver un livre qui réponde au besoin d’aventure de Mattéo et à son envie de découvrir une histoire avec un groupe d’amis (mais qui ne ressemble pas à la Cabane Magique!). Bref, j’étais inquiète du choix du roman et j’ai été ravie de découvrir le résumé du Trésor de l’île sans nom. Et le petit mot de la libraire au dos a continué de me charmer. En répondant aux critères très précis d’un enfant qui ne demande qu’à être surpris, je pense que la magie opère et qu’un lien très fort peut se créer entre l’enfant et la lecture. Donner une place centrale aux libraires dans cette box renforce l’assurance de l’enfant qui, je pense, aura moins de crainte à aller de lui-même demander de l’aide pour choisir un livre. Mattéo pense qu’en allant dans la librairie de Morgane, il irait sans crainte lui demander de l’aide, mais que dans d’autres librairies où il ne connaîtrait pas les libraires, il aurait toujours un peu de timidité et de crainte à demander de lui-même. Je me suis donc faite la réflexion suivante : serait-il envisageable d’attribuer à un enfant un libraire-parrain, c’est à dire toujours le même, pour qu’une relation lecteur-libraire s’installe, ou alors ne serait-il pas intéressant de choisir un libraire à proximité de l’enfant, pour que celui-ci le rencontre directement ?

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Quoi qu’il en soit, cette box est vraiment intéressante pour le développement du lien enfant-lecture. Le livre surprise (sur la réalisation de piñata) est loin des intérêts de mon frère mais il avoue ne s’y être tout simplement jamais intéressé. Grâce à ce livre, il a envie d’essayer d’en construire, pour son anniversaire par exemple ou avec ses copains. La box est propice à la découverte, ce qui est un pari gagnant pour cette tranche d’âge où la curiosité est très importante.

Mon seul petit regret (et c’est vraiment minime), concerne le carton de la box : je m’attendais à découvrir un décor à utiliser pour jouer, ou un dessin à colorier, ou autre chose, de manière à donner une autre vie à la box ! Les enfants débordent d’imagination et je trouve dommage de ne pas exploiter ce support qui, j’en suis sûre, serait fertile à de nombreuses histoires.

Après mon avis d’adultes, je vous laisse découvrir l’avis de mon frère!

Mattéo: « C’est un bon contenu, mais la box devrait être plus décorée. Les livres et le magazine sont très intéressants, je ne m’attendais pas du tout à ça ! Une agréable surprise. Le livre surprise m’a étonné. Le magazine se complétait avec le roman choisi par la libraire. J’ai adoré le choix de Morgane : le livre était très bien, avec pleins de rebondissements, et il correspondait parfaitement avec ce que j’avais souhaité! Je remercie beaucoup Morgane pour avoir choisi ce livre. Les goodies de la box sont très rigolos (j’ai adoré les cartes avec les blagues). Je conseillerai la box à mes copains et copines de l’école, car ça donne vraiment envie de lire. »

La chronique de Mattéo sur Le trésor de l’île sans nom : « Sur une île, un trésor est caché. Les coquins, les enfants des pirates, vivent sur cette île, et leurs parents leur rendent visite de temps en temps. Un jour, un capitaine nommé Gonzàlo de la Ràbida sur son bateau l’invincible, essaye de voler le trésor. Les coquins vont devoir l’en empêcher.

C’était un super livre : les personnages sont attachants, mon préféré est Babord parce qu’il a une bonne logique avant de foncer tête baissée, alors que son frère pas du tout ! J’ai bien aimé aussi Flibuste et son perroquet parce qu’ils étaient rigolos. L’histoire était bien écrite, le roman était pile de la bonne longueur (pas trop long mais pas trop court non plus). Les images aidaient à mieux décrire les scènes compliquées, et les dessins étaient faits à l’aquarelle, c’était très beau. Les rabats du livre rappelaient les personnages principaux de l’histoire, c’était pratique. Je conseille ce livre à ceux qui aiment l’aventure et l’action! »

Un grand merci à La Kube pour cette belle initiative, à Morgane de la librairie Fontaine à Paris et à mon petit frère pour son avis sincère !

Pour retrouver la Kube, c’est par ici !

Les cosmonautes ne font que passer – Elitza Gueorguieva

Tu dois te préparer à cette narration particulière qui, dès les premières lignes, t’incite à ne plus être dans ton rôle de lecteur. Au début, je l’avoue, cela m’a bloquée. De quel droit m’oblige-t-on à vivre ce que le narrateur raconte? Le principe de la lecture est la liberté (de choisir son livre, de se laisser prendre au jeu, d’aimer ou de ne pas aimer), non ?

Alors quand un livre commence de cette façon, notre relation commence mal. Et puis j’ai baissé la garde. Je suis devenue une petite fille bulgare qui vit sous le communisme et qui voit Iouri Gargarine comme un héros. Nous avons tous eu, au cours de notre enfance, des images qui nous ont aidé à nous construire, à rêver, être ambitieux. Pour la petite fille, la conquête du ciel est devenu son ambition.

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Paru chez Folio en juin 2018, 6,60€, à retrouver ici

Sous une plume sarcastique et ironique, l’environnement de la fillette prend forme et les limites apparaissent : à tel point que le régime politique influence même la façon dont on doit considérer l’amitié, éternelle et loyale. La jalousie ne doit pas envenimer les relations, même quand on est à l’école primaire et que notre amie a des vraies Barbie et des vraies Nike. Même lorsqu’elle vous pique votre rêve ultime alors que vous lui faisiez confiance.

Les parents apparaissent peu, d’une part car le nuage de fumée de cigarettes créé par la mère brouille la vision de l’appartement. D’autre part, le père est effacé. Le grand-père en revanche est un repère important car il est un vrai communiste, et le cousin va ouvrir certaines voies à la petite fille. Jusqu’au jour où le mur tombe. Oui, le mur de Berlin. D’un seul coup, les parents prennent vie, mais tout le socle sur lequel l’éducation (scolaire et patriotique) s’effondre aussi.

Qui devient-on, et quels repères avons-nous quand du communisme on laisse la place au capitalisme et à l’occident ?

Ce roman est une véritable entrée dans les pensées de la jeune bulgare. Des formulations toutes faites, digne d’un monologue intérieur (le grand-père vrai communiste par exemple), ou des listes de causes et conséquences comme on peut parfois le faire intérieurement, construisent le cocon cérébral dans lequel le lecteur évolue au fil des pages. Au-delà des problèmes d’enfants, il y a toute une réflexion sur l’identité, et l’influence de la politique sur nos vies, même et peut-être surtout en tant qu’enfant. Conditionnement de l’amitié, des ambitions, des aspirations, de la culture et des relations familiales, tout cela est abordé avec une certaine naïveté d’abord, et avec rébellion ensuite lorsque vient l’adolescence. Mais le ciel, toujours, en ligne de mire.

Le titre, Les cosmonautes ne font que passer, est pour moi la métaphore parfaite symbolisant la naissance et l’évanouissement des rêves.

Un roman qui fait réfléchir et sourire en même temps, que j’ai eu du mal à apprécier au départ. Je suis tout de même contente d’avoir pu découvrir ce roman!

Ta vie ou la mienne – Guillaume Para

Une racaille de la cité qui tombe amoureuse de la belle bourgeoise, c’est cliché non ? Et pourtant… Loin de tomber dans les stéréotypes, Guillaume Para réussit à faire de cette histoire d’amour impossible un véritable périple de l’enfance à l’âge adulte, du sport de haut niveau aux bas fonds de la criminalité.

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Hamed endosse le rôle de la bête, doué du ballon rond. Léa est la belle, éducation bourgeoise et catholique, appartenant à ce qui ressemble à une famille parfaite. D’abord chacun de leur côté, le lecteur suit ces enfants aux passés bien différents. Hamed perd ses proches, se construit dans la rue et sur le terrain. C’est là qu’il rencontre François, le « Blanco », victime de racket des autres membres de l’équipe. Tout s’arrête quand Hamed prend sa défense et rend les coups. Sans le savoir, leur amitié débute dans le vestiaire. Par chance, leur scolarité les rapproche. C’est là que Léa entre en jeu. Mais une Léa triste, absente, loin du soleil qu’elle était avant. Cela n’empêche pas François de tomber amoureux. Hamed, lui, évite toute forme de sentiment, même s’il n’est pas indifférent au charme de Léa. Mais le destin en décide autrement, et ils finissent par vivre leur histoire, malgré les écarts sociaux qui effrayaient Hamed.

Le football permet à Hamed de rêver en plus grand. Contrat pro, projet d’avenir… L’avenir semble tout tracé. Quand une nouvelle vient tout détruire. Hamed retrouve l’obscurité de la violence, physique, verbale, direction la case prison. Peut-on vraiment taire qui l’on est vraiment ?

Je craignais de lire un roman centré sur le foot, sur les descriptions sportives, l’effort. Je craignais être témoin des clichés sur les différences sociales. Je ne m’attendais pas à avoir l’estomac retourné face à la justesse de l’écriture, à la douleur des événements. En tant que sportive, j’ai vibré face aux descriptions techniques de l’effort physique, à l’adrénaline que l’on ressent lors d’une compétition (ici un match). Sans fioritures, Guillaume Para parvient à décrire aussi bien la beauté des sentiments que la laideur de ce qu’il se passe en secret dans les prisons. J’étais loin de me douter de la réalité qui existe dans ce milieu.

Pour un premier roman, l’auteur fait fort. La richesse des thématiques abordées et les personnages, tous aussi attachants les uns que les autres, contribuent à la solidité du roman.

À découvrir d’urgence !

 

N’ayez pas d’amitié pour moi, j’en veux trop – Balzac

Pour le #ReadingClassicsChallenge2018 de juillet, je suis heureuse d’avoir retrouvé mon cher Balzac, celui que je considère comme le premier classique que j’ai lu dans ma vie. L’ouvrage que j’ai choisi est paru dans la collection Folio Sagesse et regroupe quelques lettres de sa correspondance avec « Louise », une inconnue avec laquelle il échange pendant plusieurs années. Dans ce recueil, les sentiments sont au cœur de l’écriture, apportant alors une douce touche de poésie à ces lettres.

« L’amitié va plus loin que l’amour, car, à mes yeux, elle est le dernier degré de l’amour, la quiétude et la sécurité dans le bonheur. »

Dans ses lettres à « Louise », nous découvrons un Balzac au quotidien, parfois poète, parfois mélancolique, en proie aux problèmes liés à l’écriture et l’édition. Bien plus qu’une réflexion sur les sentiments, il est aussi question de l’identité dans le regard de l’autre. Balzac estime ainsi que parfois on connaît mieux une personne en en sachant le moins possible sur celle-ci… Aussi curieux que cela puisse paraître, c’est parce que l’âme se dévoile à travers les lignes que la personne véritable prend vie, et non par son nom, sa profession, ses titres…

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Le regroupement des lettres fonctionne de manière logique : au-delà de la relation épistolaire, il existe comme une trame fictionnelle : l’écriture à un inconnu. C’est une idée qui m’a beaucoup plu pour une raison assez simple : lorsque j’étais plus jeune, j’écrivais des histoires. L’une d’elle a été la rencontre à travers les lettres de deux inconnus. Bien entendu, cette histoire est restée au fond d’un cahier, avec les idéaux d’une adolescente de 14 ans, mais cela peut expliquer pourquoi j’ai été passionnée par ces quelques pages.

J’aurai tellement aimé avoir plus de lettres de « Louise » (seulement une dans le recueil!), pour comprendre ce que ressentait notre cher Honoré, mais je crois que je vais pouvoir assouvir ma volonté en me procurant sa Correspondance chez Gallimard

 

Est-ce ainsi que les hommes jugent ? Mathieu Menegaux

Coup de cœur pour ce roman qui met sous tension le poids de l’opinion publique face à la justice.

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Une vie peut basculer du jour au lendemain. Il suffit d’une visite matinale de la police à votre domicile, d’une perquisition, d’avoir été au mauvais endroit au mauvais moment pour que votre destin bascule. C’est ce qui est arrivé à Gustavo et sa famille. Arrêté pour tentative d’enlèvement de mineur et de meurtre, Gustavo ne comprend ce qu’on lui reproche, lui qui a un casier judiciaire vierge, qui a toujours respecté les règles quelles qu’elles soient. Alors pourquoi l’arrêter lui qui n’a jamais rien fait ?

La concordance des éléments accusateurs ont amené les forces de l’ordre à l’interpeler. A le cuisiner. Le pousser à bout. À tel point que Gustavo doute lui-même de son innocence. Le récit montre la force de persuasion du mental, la folie qui nous guette lorsque tout s’écroule autour de nous.

D’autre part, l’alternance des points de vue tout au long du récit est une des qualités du roman: on partage les pensées de Gustavo, mais aussi de sa femme, de la jeune fille concernée par la tentative d’enlèvement 3 ans plus tôt, du commissaire qui s’est dévoué corps et âme pour résoudre cette affaire.

La tension est largement palpable, à tel point que la lecture en est addictive, et ne dure (malheureusement) que quelques heures. Je vous mets au défi de faire durer le suspens quelques jours ; pour ma part cela a été impossible. Je mourrais d’envie de savoir le dénouement, de comprendre comment tout a convergé vers Gustavo. Le renversement, ou plutôt la rechute quelques mois après à cause de la place des réseaux sociaux dans notre société relance la dynamique du roman. La réflexion se tourne vers l’impact de ceux-ci aussi bien dans la sphère privée que dans la sphère publique, sur l’absence de limites, l’effacement des frontières de l’intimité.

C’est une lecture que je vous conseille vivement cet été !

Merci aux éditions Grasset pour l’envoi!

Quand s’en ira la peur – Manon Lecor

Je voulais commencer ma chronique directement, peut-être trop abruptement, mais j’ai pris conscience que mon enthousiasme était lié à ma lecture et qu’il serait peut-être plus judicieux de vous mettre le résumé pour vous mettre dans l’ambiance :

Jeune femme indépendante de vingt-six ans, Gabrielle vit à Paris et a un job de rêve mais depuis quelques temps elle ressent de drôles de choses, de curieuses impulsions qu’elle ne contrôle pas. Est-elle en train de devenir dangereuse pour ses proches ? Après un tour chez le psychiatre, Gabrielle découvre qu’elle fait un «burn-out». Elle va ouvrir les yeux sur sa vie qui n’est parfaite que sur le papier.

Quand s’en ira la peur est un roman qui fait du bien. Ce n’est pas un feel-good, car le mal-être y est abordé et assumé, mais il agit comme un déculpabilisant. Ne pas se sentir bien, cela arrive. En prendre conscience est déjà une preuve de courage et de force. Dès les premières pages, on saisit l’importance du discours de la société, du formatage qu’elle impose autour de nous, qui nous conditionne malgré nous, en allant parfois jusqu’à nous faire douter de notre identité. Manon Lecor déconstruit ce système et nous montre une voie différente. En dédramatisant les peurs quotidiennes, la pression liée au boulot, ce sont les passions et le bonheur qui sont revalorisés. Mais le bonheur n’est-il pas, là aussi, un produit conditionné par les diktat de notre société ?

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Plusieurs personnages, avec chacun leur propre histoire, étalonnent le récit et l’accomplissement de Gabrielle. Et en s’ouvrant un peu aux autres, elle se rend vite compte que chacun au fond de lui possède une part d’ombre. Chacun a ses angoisses, chacun a sa manière de passer outre. Et pourtant, tous ont l’air d’avoir trouvé la sérénité, parfois presque une paix entre leur corps et leur esprit. Accepter ses failles, accepter de ne pas être tel(le) que les autres attendent, accepter ce qui nous fait du bien : ce savant mélange nous aide tout autant que Gabrielle. Manon Lecor ne guérit pas le burn-out de manière idéaliste, elle montre aussi les rechutes, n’a pas peur de mettre des mots sur ce que l’on tait.

Finalement, j’ai eu l’impression que ce roman se fait le porte-parole de notre génération. Peut-être que je m’emballe en disant cela. Peut-être que je suis l’une des seules, mais je me suis sentie proche de Gabrielle, de part son âge, son environnement, ses craintes, sa peur de l’avenir. Je n’ai pas fait de burn-out. Mais le surmenage, je connais. Les angoisses aussi. La peur de ne pas être à la hauteur également. Et si Gabrielle s’en sort à sa manière, tout le monde peut réussir, à condition d’accepter. De s’accepter.

Nous sommes dans une société où la réussite professionnelle impacte fortement la réussite tout court. Mais l’épanouissement personnel ne doit pas être mis de côté.

J’ai apprécié la manière dont Manon Lecor traîte ce sujet : les choses sont dites, parfois avec humour, parfois avec pudeur, sans jamais tomber dans le mélodrame. J’ai adoré retrouver l’île de Ré, lire le nom de ma Rochelle, comprendre cette sensation de plénitude lorsque l’on retrouve ses terres. J’ai aimé voir cette famille telle qu’elle est, avec ses hauts et ses bas, mais soudée quoi qu’il arrive. J’aurai aimé rencontrer Gabrielle au-delà des pages, aller à New-York avec elle et rencontrer ses amis.

Cette lecture fait passer un message qui me parle. Voilà pourquoi j’ai adoré lire l’histoire de Gabrielle. Et si la peur ne s’en va jamais vraiment, à défaut d’être une faiblesse elle peut aussi devenir une force.

Merci encore Manon de m’avoir fait découvrir ton roman.

Si vous souhaitez vous procurez Quand s’en ira la peur, c’est par ici ! (Possible aussi à la commande chez votre libraire habituel)

Si vous souhaitez en apprendre un peu plus sur Manon, c’est par ici !

La Première fois que j’ai été deux – Bertrand Jullien-Nogarède

Pour une élève de terminale littéraire, Karen a un caractère bien trempé ! Les expériences qu’elle a traversé au cours de sa courte vie l’ont rendu sceptique face à l’amour. Mais quand Tom débarque d’Angleterre pour intégrer sa classe, tout bascule. Progressivement, ils vont se trouver des points communs, passer du temps ensemble et tomber amoureux. Si au début, la méfiance de Karen lui donne un humour grinçant, notamment en ce qui concerne les sentiments (et ce, quels qu’ils soient), sa culture littéraire et son bovarysme (véritable paradoxe quand on apprend la relation amoureuse de sa mère) la rendent un peu plus fleur bleue. Mais lorsqu’elle en prend conscience, elle tente de ressaisir, mais finit par se laisser porter par les débuts de sa relation.

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Forcément, l’histoire de Tom n’est pas simple. Son arrivée en France n’est pas anodine.

En ayant accès aux pensées de Karen, nous suivons l’évolution de sa personnalité, ses doutes, ses peurs, mais aussi ses espoirs, comme tout adolescent ou jeune adulte progresse dans sa vie. Le lecteur peut alors s’amuser de ses réflexions, être agacé, ému, tant l’écriture retransmet toutes les émotions que Karen traverse. Pour ma part, je me suis plusieurs fois reconnue en elle, des passages de nos histoires respectives se sont croisés et m’ont rappelée l’adolescente que j’étais il y a quelques années. Les références musicales et littéraires sont un vrai plus dans le livre, et j’ai énormément apprécié la dernière page du livre, avec la Playlist et la PAL de la protagoniste.

C’est une lecture qui plaira beaucoup aux amateurs de Young Adult et aux adolescents qui aiment les histoires d’amour et leurs montagnes russes, l’ambiance Rock and roll et la vie à Londres. Pour les autres, l’histoire vous fera passer un bon moment cet été !

Le cœur seul demeure – Jean-Pierre Milovanoff

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« Jamais le réel ne se livre au regard entièrement. Jamais il ne présente le visage qu’on attendrait. »
Petit coup de cœur pour ce recueil de nouvelles écrites par Jean-Pierre Milovanoff. L’écriture fluide et poétique retrace des instants de vie de personnages dont le narrateur semble plus ou moins proche.

Pour ce genre que j’affectionne, je n’ai pas été déçue quant à la maîtrise de l’intensité: on ressent beaucoup, on repense après, et chaque histoire se mue en un souvenir comme s’il devenait nôtre.

Le tailleur de Paris m’a particulièrement touchée ; tel un petit conte, le personnage sort de son atelier avec son grillon pour découvrir le monde au-delà des murs. Si je devais résumer cette histoire en une question, je vous dirais : À quoi se joue le bonheur ?

Car chaque histoire laisse en suspens une question de ce genre que le lecteur peut méditer ou non. Je vous laisse tourner ces pages et découvrir la douceur de ces nouvelles.

Merci encore aux Editions Grasset pour ce très bel ouvrage !